Château de Maisons : le grand défi du réaménagement du parc et de sa terrasse

Au mois de juin dernier ont commencé les travaux de réaménagement du parc du château. Un exercice difficile qui consiste à redonner l’aspect historique de ce lieu malgré les multiples remaniements qui l'ont dénaturé et rapetissé au fil du temps. Coup d’œil sur l’histoire de cet espace et précisions sur le projet en cours.

 

Le parc et la terrasse du château de Maisons-Laffitte en travaux - Crédit photo : Edwige Bouffault

Le parc et la terrasse du château de Maisons en pleins travaux

 

Camions, ouvriers et pelleteuses ont envahi le parc du château de Maisons, à Maisons-Laffitte, depuis le mois de juin dernier. Après avoir restauré la cour d’honneur, le portail, les grilles et la façade sur cour, les travaux se poursuivent pour un an dans le jardin et pour cinq ans sur la terrasse côté Seine. Un exercice difficile puisqu’il s’agit de redonner à ces espaces l’allure la plus proche possible de celle imaginée par François Mansart - l’architecte du monument construit entre 1640 et 1650 - et ce, dans un environnement qui a profondément changé à travers les siècles.

 

« A l’origine, le château, propriété de René de Longueil, était situé au milieu d’un vaste jardin comme on peut le voir au château de Versailles ou à Vaux-le-Vicomte. Or, il y a un tel écart entre cet espace de 500 hectares qui s’étendait jusqu’à la forêt de Saint-Germain-en-Laye avec des vergers, des jardins fleuris, des promenades, des bassins, des vignes… et le jardin actuel qui ne fait plus que 10 hectares, qu’il a fallu faire des choix » explique Virginie Gadenne, l’administratrice du château. « L’enjeux de la requalification du jardin et de sa terrasse est complexe. »

 

« Le château de Maisons dont Mansart a fait faire tous les bâtiments et les jardinages est d’une beauté si singulière qu’il n’est point d’étranger curieux qui ne l’aille voir comme une des plus belles choses que nous ayons en France »

Charles Perrault 1696

 

Le château étant classé monument historique et propriété de l’Etat, confié à la gestion du Centre des Monuments Nationaux, ces choix sont faits par l’architecte en chef des monuments historiques, Stefan Manciulescu et le paysagiste Louis Benech. Leur objectif est de recréer des vues sur le château et depuis le château permettant aux visiteurs de se projeter dans le décor du XVIIème siècle grâce à un fin travail d’allusions aux éléments de paysage qui constituaient le jardin d’origine

 

Le jardin du château au fil des ans : entre magnificence, démantèlement et reconstitution

 

Parallèlement à la construction du château en 1640 par l’architecte François Mansart, le propriétaire, René de Longueil a étendu le domaine pour aménager parcs et jardins.

 

Le château surélevé offrait une vaste perspective sur 500 hectares de terrains divisés en plusieurs jardins. Certains étaient dédiés au plaisir et à la promenade alors que d’autres étaient utilitaires, tels que les vignes, les vergers et les potagers.

 

Selon les textes et gravures anciens, deux parterres de plans carrés composés de rectangles plantés autour d’un bassin central, encadraient le château côté Seine et côté cour d’honneur. Ainsi, la perspective s’étendait jusqu’aux caves du nord, à la lisière de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, et la cour d’honneur se prolongeait jusqu’à l’actuel rond-point à l’angle de l’avenue Eglé et de l’avenue du Général Leclerc.

 

Au fil du temps, des modes et des différents propriétaires, cet espace a été profondément remanié voire altéré.

 

L'aspect originel du jardin du château côté Seine - Crédit photo : Reproduction Philippe Berthé - CMN - gravure de Pérelle

L'aspect originel du jardin du château côté Seine
Crédit photo : Reproduction Philippe Berthé - CMN - gravure de Pérelle

 

En 1833, le banquier Jacques Laffitte a fait lotir une grande partie de ce jardin et a détruit les grandes écuries pour qu’elles servent de matériau aux nouveaux propriétaires qui souhaitaient y faire construire leurs maisons. Le château a conservé ce qu’on appellera le "petit parc", soit trois parterres qui encadraient le monument. Les jardins ont été redessinés "à l’anglaise" selon la mode de l’époque. Au coupes droites et symétriques employées pour les jardins "à la française" ont été privilégiés des parcours d’aspects plus aléatoires et naturels.

 

En 1877, lorsque le château est racheté par le peintre Vassili Timanovitch Grommé, la spéculation immobilière touche le petit parc et le nord-est du domaine, y compris la cour d’honneur qui est lotie. Celle-ci se voit réduite aux dimensions que nous lui connaissons aujourd’hui.

 

A la fin du XIXème, le parterre sud (côté Seine) a lui aussi été loti. Les routes passaient au raz des douves et la terrasse n’existait plus. Menacé de destruction, le château a été racheté par l’Etat et géré par le Centre des Monuments Nationaux.

 

Entre 1959 et 1966, des travaux sont entrepris par Robert de Vassas, l’architecte en chef des Monuments Historiques, afin de reconstituer le parterre côté Seine.  Les routes qui enserraient le château ont été supprimées, à l’exception de l’avenue du Louvre. Les fouilles ont permis de mettre au jour les murs de soutènement de la terrasse et les parterres. Les dispositions évoquées dans les documents anciens ont été confirmées et reconstituées. La longue terrasse qui longe le château en surplomb de la Seine a été réhabilitée. Elle repose sur un mur encadré d’escaliers latéraux qui donnent accès au parterre. Sous ces escaliers se trouvent des "espaces de fraîcheurs". Il s’agit de petites grottes ouvragées qui permettaient aux promeneurs de se rafraichir. L’entrée d’une des salles de fraîcheur a été reconstituée à partir de gravures anciennes.

 

La restauration du parc et de la terrasse : à quoi s’attendre ?

 

L’architecte et le paysagiste ne partent donc pas d’une page blanche. Ils sont obligés de tenir compte de l’histoire du lieu et de faire avec ce qu’il reste de jardin. Ils disposent désormais de 10 hectares et il n’est plus question d’offrir au visiteur les vastes perspectives de l’époque de René de Longueil mais de les suggérer.

 

Visuel du projet de réaménagement du parc - Crédit photo : ARDETO Yann Cosmao Dumanoir - CMN

Visuel du projet de réaménagement du parc
Crédit photo : ARDETO Yann Cosmao Dumanoir - CMN

     

    Le parterre côté Seine sera redessiné entre pelouse fleurie et pelouse tondue organisées autour d’un bassin central selon un dessin rappelant celui qui avait été prévu par François Mansart au XVIIème siècle. Cette disposition permettra de "dilater" l’espace afin de combattre la petitesse du domaine et ajoutera à l’effort de reverdisation. Des arbres seront plantés notamment au fond du parc, du côté du pont, mais aussi le long des grilles sur la cour d’honneur afin « d’isoler davantage le château de la ville. C’est à dire, de créer un écran par rapport à cette urbanisation très présente, notamment côté Sartrouville » comme l’explique l’administratrice du château.

     

    Deux rangées d’arbres borderont les pelouses. La première, à l’extérieur, sera laissée feuillue et dense pour renforcer cet effet d’écran de verdure. La deuxième, à l’intérieur, sera composée de tilleuls taillés au cordeau pour rappeler ce qui se faisait au XVIIème siècle.

     

    Le bassin central, les trois escaliers, les balustrades, le mur de soutènement et la terrasse seront restaurés d’ici 2025. Cette dernière sera agrémentée de bacs d’orangers qui rappelleront que le domaine possédait, à l’origine, d’authentiques orangeraies.

     

    Les salles de fraîcheurs situées sous les escaliers latéraux vont être rénovées pour leur donner un aspect plus proche des salles en voutes qu’elles étaient. Le décor sculpté, d’ores et déjà reproduit à l’entrée de la salle côté est, le sera côté ouest. L’intérieur sera mis en valeur par des spots lumineux.

     

    Illustration de l'aspect originel des salles de fraîcheur situées sous les escaliers latéraux menant de la terrasse au jardin  Crédit photo : Jean-Luc Paillé - CMN

    Illustration de l'aspect originel des salles de fraîcheur 
    Crédit photo : Jean-Luc Paillé - CMN

       

      Le jardin est fermé pendant les travaux pour des raisons évidentes de sécurité mais devrait être rouvert au public courant 2021. La poursuite des travaux sur les éléments de maçonnerie tels que le mur de soutènement ne devrait pas empêcher promeneurs et visiteurs de découvrir le tout nouvel écrin du monument. Nul doute que ces aménagements contribueront encore davantage à la mise en valeur du château de Maisons, d’ores et déjà considéré comme un chef d’œuvre d’architecture classique.

       

      Rédigé par Edwige Bouffault

       

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      Infos Confinement

       

      Les travaux se poursuivent

       

      Si le château a dû fermer ses portes au public le 30 octobre, la vie ne s’est pas pour autant arrêtée et les travaux de réaménagement du parc se poursuivent.

       

      La semaine du 9 novembre, les premiers arbres ont été livrés et plantés avec un objectif fixé à 109 nouveaux arbres d'ici le 20 décembre 2020.

       

      L’animation de la page Facebook du château se poursuit et sera agrémentée de quelques coulisses avec les différents travaux entrepris.

       

      Infos Pratiques

       

      Château de Maisons

       

      Le château de Maisons, situé à Maisons-Laffitte, constitue une référence dans l'histoire de l'architecture française. Propriété de René de Longueil, il a été réalisé par l'architecte François Mansart au cours de la première moitié du XVIIème siècle. Inauguré en présence de Louis XIV et de la régente Anne d'Autriche en 1651, le monument est immédiatement admiré et considéré comme la quintessence du château "à la française" annonçant par bien des points, le château de Vaux-le-Vicomte et celui de Versailles.

       

        2 Avenue Carnot, 78600 Maisons-Laffitte

       

        Fermé pendant le confinement

       

         Plein tarif - 8 €

            Gratuit pour les moins de 26 ans

       

        http://www.chateau-maisons.fr/